{"id":990,"date":"2019-10-30T18:01:23","date_gmt":"2019-10-30T17:01:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.f-d-d.eu\/?p=990"},"modified":"2021-03-15T14:46:27","modified_gmt":"2021-03-15T13:46:27","slug":"journal-de-bord-gudrun-ledegen-fusee-de-detresse-2-bruxelles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/journal-de-bord-gudrun-ledegen-fusee-de-detresse-2-bruxelles\/","title":{"rendered":"Journal de Bord de Gudrun Ledegen"},"content":{"rendered":"<h2>Une Belge \u00e0 Bruxelles<\/h2>\n<p>Je m\u2019appelle Gudrun LEDEGEN\u00a0; je suis pr\u00e9sente durant la semaine de r\u00e9sidence \u00e0 Bruxelles, en tant que migrante belge, responsable scientifique du projet <em>Fus\u00e9e de d\u00e9tresse<\/em> et chercheure en sciences du langage\u00a0\/\u00a0sociolinguistique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Rennes 2, au sein du laboratoire PREFICS (P\u00f4le de recherche sur la francophonie, l\u2019interculturel, la communication et la sociolinguistique). Mes recherches universitaires portent sur les pratiques socio-langagi\u00e8res et les valeurs (attitudes, repr\u00e9sentations, st\u00e9r\u00e9otypes, \u2026) des langues et de leur variation, en France et dans la francophonie, et aussi l\u2019analyse de discours. D\u2019origine belge n\u00e9erlandophone, vivant depuis plus de 20 ans en France (12 ans \u00e0 La R\u00e9union, et depuis 8 ans \u00e0 Rennes), je participais initialement au projet L\u2019<em>Encyclop\u00e9die des Migrants<\/em> en tant que migrante, ayant \u00e9crit ma propre lettre intime \u00e0 mon p\u00e8re\u00a0; en cours de projet, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9e pour prendre la rel\u00e8ve scientifique de notre coll\u00e8gue Thierry Bulot, qui nous a quitt\u00e9 bien trop t\u00f4t\u00a0: j\u2019ai ainsi fait de mon mieux pour faire honneur \u00e0 toutes les personnes engag\u00e9es dans ce sublime projet, et pour continuer \u00e0 partager le regard curieux et passionn\u00e9 sur le monde socio-langagier qui \u00e9tait celui de Thierry, et, comme il la nommait, de perp\u00e9tuer la <em>sociolinguistique<\/em> <em>d\u2019urgence<\/em> qui travaille \u00e0 donner des r\u00e9ponses \u00e0 des questions de soci\u00e9t\u00e9, dont les repr\u00e9sentations n\u00e9gatives devant les migrants, devant les accents, devant les m\u00e9langes de langue, \u2026<\/p>\n<p>Pour d\u00e9marrer ce journal, il m\u2019est important de rappeler que nous sommes tous un peu migrants\u00a0: mon mari\u00a0\u2013 fran\u00e7ais\u00a0\u2013 a une arri\u00e8re-grand-m\u00e8re qui s\u2019appelle Vlaeminck (\u2018flamand\u2019), je suis moi-m\u00eame originaire de Belgique et habitant en France depuis plus de 25 ans, tel homme politique fran\u00e7ais dont le p\u00e8re est hongrois, telle femme politique d\u2019origine roumaine naturalis\u00e9e fran\u00e7aise, \u2026 Les soci\u00e9t\u00e9s n\u2019existent pas hors migrations et l\u2019Histoire des migrants fait pleinement partie de notre Histoire commune. Tout comme dans la devinette d\u2019Henriette Walter (1988), excellente vulgarisatrice de recherches en linguistique\u00a0:<\/p>\n<pre><em>Prenez des dialectes gallo-romans m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 du latin populaire, parl\u00e9 par des Gaulois celtophones avec un apport lexical germanique, quelle langue europ\u00e9enne d\u2019aujourd\u2019hui obtenez-vous\u00a0?<\/em> Le fran\u00e7ais<\/pre>\n<pre><em>Prenez des dialectes bas-allemands et scandinaves, ajoutez quelques influences lexicales fran\u00e7aises et des emprunts au latin savant, quelle langue europ\u00e9enne d\u2019aujourd\u2019hui obtenez-vous\u00a0?<\/em> L\u2019anglais<\/pre>\n<p>En effet, les langues n\u2019existent pas dans des cases imperm\u00e9ables, de fa\u00e7on \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb, sans contacts ou m\u00e9langes\u00a0; il en est de m\u00eame pour les hommes qui ne sont jamais exclusivement, comme on dit, \u00ab\u00a0de souche fran\u00e7aise\u00a0\/ belge\u00a0\/ \u2026\u00a0\u00bb. C\u2019est ce que nous donne \u00e0 lire <em>L\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants<\/em>, et c\u2019est ce que nous allons donner \u00e0 entendre dans les rues de Bruxelles \u00e0 la fin de cette semaine de r\u00e9sidence\u2026<\/p>\n<h2>\u2018Ceci n\u2019est pas une chercheure\u2019<\/h2>\n<p>Ma place au sein du groupe de la r\u00e9sidence n\u2019est pas celle d\u2019une chercheure ou d\u2019une responsable scientifique, mais d\u2019une participante, belge d\u2019origine, qui a migr\u00e9 de la Belgique, pour rejoindre la France. Je ne souhaitais pas me poser en ext\u00e9rieure \u00e0 ce qui allait se jouer dans le groupe, mais participer pleinement, ce qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 permis par tous les responsables de cette r\u00e9sidence, ce dont je les remercie tous tr\u00e8s sinc\u00e8rement\u00a0: ce fut une exp\u00e9rience profond\u00e9ment joyeuse et bouleversante. Un compromis tout belge. Un oxymoron, \u00e0 l\u2019image de <em>L<\/em>\u2019<em>Encyclop\u00e9die des migrants<\/em>\u00a0: en effet, dans un contexte de \u00ab\u00a0crise des migrants\u00a0\u00bb, ce titre sonne comme un oxymore\u00a0\u2013 une formule en apparence contradictoire, comme dans \u00ab\u00a0Cette <em>obscure clart\u00e9<\/em>\u00a0qui tombe des \u00e9toiles\u00a0\u00bb, <em>Le Cid<\/em>. Il invite ainsi de fa\u00e7on voulue \u00e0 une r\u00e9appropriation de \u00ab\u00a0l\u2019encyclop\u00e9die, symbole du savoir dit l\u00e9gitime, sous la forme d\u2019une entreprise populaire de fabrication d\u2019un autre type de savoir\u00a0\u00bb (Introduction \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.encyclopedie-des-migrants.eu\/digital\/\"><em>L\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants<\/em><\/a>).<\/p>\n<h2>Five W&#8217;s (<em>Who, What, Where, When, Why?<\/em>)<\/h2>\n<p><em>Fus\u00e9e de d\u00e9tresse<\/em> est un projet europ\u00e9en qui se base sur les lettres rassembl\u00e9es dans <em>L\u2019Encyclop\u00e9die des migrants<\/em>, lettres \u00e9crites par des personnes migrantes \u00e0 leurs proches rest\u00e9\u00b7e\u00b7s au pays. Le projet souhaite interpeler nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines (citoyen\u00b7ne\u00b7s, politiques, m\u00e9dias) \u00e0 propos de la situation politique et sociale des personnes migrantes en Europe aujourd\u2019hui. Continuant le travail engag\u00e9 avec le projet <em>L\u2019Encyclop\u00e9die des migrants<\/em>, le projet artistique et scientifique cr\u00e9e des formes artistiques qui interpellent sur un sujet \u00e9minemment politique, toujours par une approche sensible et intime.<\/p>\n<p>Cette premi\u00e8re r\u00e9sidence de la <em>Fus\u00e9e de d\u00e9tresse<\/em> a donc eu lieu \u00e0 Bruxelles, \u00e0 la Bellone, 46 rue de Flandre, o\u00f9 est situ\u00e9 le CIFAS (Centre international de Formation en Arts du Spectacle), avec Beno\u00eet Vreux, son directeur, et ses coll\u00e8gues Charlotte David et Mathilde Florica. Le CIFAS visant \u00ab \u00e0 l\u2019\u00e9mergence et \u00e0 la reconnaissance des nouveaux territoires de l\u2019art, dans toutes ses dimensions[, et] la ville moderne [faisant] se croiser et s\u2019affronter des mondes et des modes de vie \u00e0 ce point cosmopolites qu\u2019elle est en soi une sc\u00e8ne internationale [le CIFAS pense cette sc\u00e8ne] propice \u00e0 toutes les audaces, toutes les interrogations \u00bb, \u00e0 travers des formes m\u00e9tiss\u00e9es de l\u2019art, o\u00f9 \u00ab l\u2019art, les discours et les techniques s\u2019\u00e9changent et se m\u00ealent \u00bb (http:\/\/www.cifas.be\/fr\/content\/cifas-suite).<\/p>\n<p>Le CIFAS a fait appel \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9rique Lecomte, metteure en sc\u00e8ne du <em>Th\u00e9\u00e2tre de la R\u00e9conciliation<\/em>, qui cr\u00e9e \u00ab\u00a0un th\u00e9\u00e2tre joyeux, politique et d\u00e9brid\u00e9 qui ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, qui donne la parole \u00e0 ceux qui en sont priv\u00e9s, qui transforme les acteurs et les spectateurs\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/www.theatrereconciliation.org\/\">https:\/\/www.theatrereconciliation.org\/<\/a>). Les participants migrants sont tous joueurs amateurs de sa troupe de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<h2>\u00c9mergence du projet d\u2019installation de rue (lundi 23 \u00e0 jeudi 26\/9\/2019)<\/h2>\n<p>Durant les journ\u00e9es de pr\u00e9paration en vue de la repr\u00e9sentation du 6\u00b0 jour, le projet prend forme au fur et \u00e0 mesure de la semaine\u00a0: le premier jour commence par des exercices de rencontre et de pr\u00e9sentation de tous les participants sous la houlette de Fr\u00e9d\u00e9rique Lecomte\u00a0; puis, elle guide la r\u00e9flexion pour r\u00e9ussir la mise en voix des lettres de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die des migrants<\/em> dans leur int\u00e9gralit\u00e9, tout en pouvant \u00eatre dites par la totalit\u00e9 du groupe, en d\u00e9passant le difficile exercice de m\u00e9morisation ou de lecture, et mettant tous les acteurs sur le m\u00eame plan, tout en donnant un r\u00e9sultat pas <em>brolleux<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/em>, d\u00e9sordonn\u00e9, comme elle dit\u00a0: apr\u00e8s de nombreuses propositions, il est d\u00e9cid\u00e9 d\u2019un commun accord d\u2019enregistrer sur des lecteurs .mp3 de courtes lettres dans leur langue d\u2019origine ou dans sa traduction fran\u00e7aise, sur un rythme lent int\u00e9grant des pauses naturelles, permettant \u00e0 chacun, le lecteur .mp3 fich\u00e9 dans les oreilles, de reproduire le texte de la lettre de fa\u00e7on naturelle devant le public. Pour ma part, je lis des lettres en n\u00e9erlandais, ma langue maternelle, le statut bilingue de Bruxelles s\u2019y pr\u00eatant, et en anglais, pour participer \u00e0 l\u2019offre fort diversifi\u00e9e de langues originellement utilis\u00e9es dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em> (qui en r\u00e9unit 74 en tout)\u00a0: arabe, berb\u00e8re, italien, fran\u00e7ais, \u2026<\/p>\n<p>Une autre \u00e9tape des r\u00e9flexions nous am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9cider ensemble de faire une installation dans l\u2019espace public, \u00e0 l\u2019aide de tabourets plac\u00e9s l\u2019un en face de l\u2019autre, pour assoir les \u2018lecteurs\u2019, nous, et les \u2018\u00e9couteurs\u2019, le public, les 15 align\u00e9s sur quelques 3 \u00e0 4 m\u00e8tres\u00a0; le tout agr\u00e9ment\u00e9 de grands parapluies noires en cas de quelques gouttes de <em>drache<\/em> belge.<\/p>\n<p>Entretemps, les \u00e9tudiantes en graphisme <strong>Th\u00e9odore et Arianne<\/strong> pr\u00e9parent aussi un grand drapeau et des \u00e9charpes de Miss (ou d\u2019\u00e9lus) orange vifs, qui portent les termes <em>Fus\u00e9e de d\u00e9tresse<\/em>\u00a0: ils feront notre unit\u00e9 visuelle lors de nos d\u00e9placements et installations dans la ville, pour nous rendre aux 4 lieux de repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>Enfin, en parall\u00e8le des r\u00e9p\u00e9titions des mises en bouche des lettres en apart\u00e9 et devant tout le groupe, les derniers jours de r\u00e9sidence sont consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9criture et la r\u00e9p\u00e9tition de la chanson co-\u00e9crite par tout le groupe avec l\u2019accord\u00e9oniste Piet Maris (du groupe <em>Jaune toujours<\/em>)\u00a0: elle lance et cl\u00f4ture ainsi chacune de nos repr\u00e9sentations.<\/p>\n<pre><em>All\u00f4 Frontex, j\u2019ai une question, \r\n<\/em><em>All\u00f4 l\u2019Europe, j\u2019ai une question, \r\n<\/em><em>La fus\u00e9e de d\u00e9tresse, la voyez-vous\u00a0?\r\n<\/em><em>Entre les deux, mon c\u0153ur balance, si je dois rester, si je dois rentrer\u00a0?\r\n<\/em><em>Les Noirs ne sont pas noirs et les Blancs ne sont pas blancs\u00a0!\r\n<\/em><em>J\u2019ai mal j\u2019ai mal j\u2019ai mal j\u2019ai mal j\u2019ai mal \u00e0 mon pays\u00a0!\r\n<\/em><em>On me dit\u00a0: \u00ab\u00a0Rentre chez toi\u00a0!\u00a0\u00bb, mais moi je suis une chez-toi-ienne\u00a0!\r\n<\/em><em>On est fatigu\u00e9, on est fatigu\u00e9, \u00e7a fait longtemps, on est fatigu\u00e9\u00a0!\r\n<\/em><em>Arr\u00eatez de nous consid\u00e9rer comme des animaux\u00a0!<\/em><\/pre>\n<p>L\u2019expression \u2018je suis une chez-toi-ienne\u2019, a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par une des participantes \u00e0 la r\u00e9sidence pour se dire de nulle part\u00a0: dans ses deux pays, la Belgique et le Congo, on lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Rentre chez toi\u00a0!\u00a0\u00bb, et elle leur r\u00e9torque ce n\u00e9ologisme, avec force et humour, dont elle d\u00e9borde joyeusement. Bien que se disant riche des deux langues qui sont siennes, elle se sent sans \u2018chez soi\u2019. A l\u2019inverse, <em>L\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> donne \u00e0 lire une situation d\u2019une double appartenance \u00e0 deux pays, bien que l\u2019exercice semble difficile (2 x <em>essayer<\/em>), voire p\u00e9rilleux (<em>garder l\u2019\u00e9quilibre<\/em>)\u00a0:<\/p>\n<pre><em>J\u2019essaie juste de continuer \u00e0 marcher en mettant chaque pied dans les deux \u00ab\u00a0chez-moi\u00a0\u00bb.<\/em> <em>L\u2019important est d\u2019essayer de garder l\u2019\u00e9quilibre. <\/em>(Yonsoo Kang, Cor\u00e9e du Sud \/ France)<\/pre>\n<p>L\u2019entre-deux identitaire se r\u00e9v\u00e8le ainsi d\u2019une grande complexit\u00e9, voire contradictoire ; il en est de m\u00eame pour le rapport sociolinguistique \u00e0 ses langues : Jacqueline Billiez mentionne ainsi, dans une des premi\u00e8res \u00e9tudes en France sur la situation sociolinguistique des jeunes issus de l&#8217;immigration, un exemple fort parlant de bilinguisme symbolique : \u00ab Ma langue c\u2019est l\u2019arabe mais je ne la parle pas \u00bb (Billiez, 1985 : 95) : ainsi, pour Kamel, m\u00eame s\u2019il ne pratique pas la langue (fonction communicationnelle), elle le d\u00e9finit (fonction identitaire) profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>Je rebondirai plus bas aussi sur la derni\u00e8re ligne de la chanson, phrase qui \u00ab\u00a0dit tout haut ce que certains pensent tout bas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>Le spectacle de rue (vendredi 27\/9\/2019)<\/h2>\n<p>Durant l\u2019apr\u00e8s-midi du vendredi, la repr\u00e9sentation est jou\u00e9e \u00e0 quatre reprises dans des lieux diff\u00e9rents, qui ont tous leur symbolisme\u00a0: \u00e0 13h30, au Petit Ch\u00e2teau, lieu d\u2019accueil et de s\u00e9jour des demandeurs d\u2019asile, \u00e0 15h, au March\u00e9 aux Poissons\u00a0\/ Vismarkt (n\u00e9erlandais)\u00a0\/ Vismet (dialecte bruxellois), \u00e0 16h30 \u00e0 la Place Sainte Catherine, deux haut-lieux du centre-ville bruxellois, et \u00e0 18:00 au Pi\u00e9tonnier de la Bourse, un des points n\u00e9vralgiques de la ville o\u00f9 se d\u00e9roulent les grandes manifestations. Chaque repr\u00e9sentation a toujours donn\u00e9 lieu \u00e0 un accueil chaleureux du public, prenant le temps de venir individuellement \u00e9couter une lettre, restant discuter par la suite, observant notre spectacle de rue avec int\u00e9r\u00eat. La plus enjou\u00e9e fut au pi\u00e9tonnier de la Bourse, les pi\u00e9tons nombreux \u00e0 cette heure d\u2019affluence se pr\u00eatant \u00e0 la rencontre, qui se finit en valse \u00e0 l\u2019accord\u00e9on. La plus \u00e9motionnelle fut la premi\u00e8re, au Petit Ch\u00e2teau, o\u00f9 les lettres lues \u00e9taient souvent des miroirs des situations poignantes que vivent les demandeurs d\u2019asile.<\/p>\n<h2>S\u00e9minaire international (samedi 28\/9\/2019)<\/h2>\n<p>Samedi, le dernier jour de r\u00e9sidence, est consacr\u00e9 au s\u00e9minaire international. De 10h \u00e0 13h, les projets conjoints <em>Fus\u00e9e de d\u00e9tresse<\/em> et <em>L\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants<\/em> sont pr\u00e9sent\u00e9s, et les diff\u00e9rents participants internationaux (Belgique, Espagne, France, Italie, Portugal, Turquie) pr\u00e9sentent leur implication dans le projet, leurs partenaires et prospectives.<\/p>\n<p>Jean-Michel Lucas pr\u00e9sente une passionnante conf\u00e9rence sur les droits culturels intitul\u00e9 Droits culturels. Un cadre pour le projet \u00ab\u00a0Fus\u00e9e de d\u00e9tresse\u00a0\u00bb, suivie d\u2019un d\u00e9bat-discussion avec l\u2019ensemble des participants, guid\u00e9 par Beno\u00eet Vreux et Paloma Fern\u00e1ndez Sobrino. Une des interrogations-discussions porte ainsi sur la complexe nomination des personnes migrantes.<\/p>\n<pre><em>What\u2019s in a name\u00a0?<\/em><\/pre>\n<p>Le terme <em>migrants <\/em>avait initialement \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 en hyperonyme neutre pour d\u00e9signer les personnes de la migration\u00a0: en effet, \u00e0 la diff\u00e9rence des termes <em>\u00e9migrants\/\u00e9migration<\/em>, qui renvoient \u00e0 un l\u00e0-bas d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient, et <em>immigrants\/immigration<\/em> \u00e0 un ici o\u00f9 on arrive, le simple <em>migrants\/migration<\/em> neutralise ces indications de mouvement (Fiala, 2018\u00a0: 150). Toutefois, les mots \u00e9tant poreux, son association dans les discours m\u00e9diatiques \u00e0 des termes \u00ab\u00a0tr\u00e8s n\u00e9gatifs comme <em>ill\u00e9gal, vague, flux, morts<\/em>, ainsi qu\u2019\u00e0 des images de camps et de naufrages \u00bb (Calabrese, 2018 : 153) en a fait un terme n\u00e9gatif. Dans le projet, il est repris dans son sens premier de \u2018personnes effectuant une migration\u2019, le projet <em>L\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants<\/em> ayant pour but de changer le point de vue sur les migrants, et de promouvoir un dialogue interculturel en Europe par une meilleure connaissance et compr\u00e9hension de l\u2019histoire des migrations qui ont cr\u00e9\u00e9, de tout temps, l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Toutefois, un des 15 participants \u00e0 la r\u00e9sidence, anglophone, m\u2019indique que le terme <em>migrants<\/em> est tr\u00e8s n\u00e9gatif en anglais, et ne lui convient pas comme terme pour se d\u00e9signer. En effet, en anglais, d\u2019autres termes lui sont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s depuis ao\u00fbt 2015\u00a0: un journaliste de la cha\u00eene Al Jazeera en anglais indique qu\u2019il n\u2019utilisera plus le terme <em>migrant<\/em>, qu\u2019il juge p\u00e9joratif. Il lui pr\u00e9f\u00e8rera d\u00e9sormais <em>refugee <\/em>(\u2018r\u00e9fugi\u00e9\u2019), dans son sens litt\u00e9ral (et non juridique uniquement), qui indique pour lui plus clairement que ces personnes qui fuient sont \u00e0 la recherche d\u2019une retraite, d\u2019un asile, &#8230;<\/p>\n<pre>Ainsi, il est fort difficile, voire vain, de chercher le \u00ab\u00a0\u2018bon vocabulaire\u2019, susceptible de nommer correctement, car le langage est un fait social dynamique, sociohistorique\u00a0: il n\u2019est jamais stabilis\u00e9\u00a0\u00bb (Krieg-Planque, 2018\u00a0: 16).<\/pre>\n<pre><em>Arr\u00eatez de nous consid\u00e9rer comme des animaux\u00a0!<\/em><\/pre>\n<p>Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es de la dynamique des discours dans la soci\u00e9t\u00e9, je voudrais revenir sur la derni\u00e8re ligne de notre chanson qui m\u2019avait fortement interpel\u00e9e\u00a0; elle a eu l\u2019immense m\u00e9rite de citer des discours insens\u00e9s qui circulent dans la soci\u00e9t\u00e9, dans la droite ligne du <em>Th\u00e9\u00e2tre de la r\u00e9conciliation<\/em>\u00a0: cette interpellation provoquante m\u2019am\u00e8ne \u00e0 une autre, en lien avec cette insulte \u00e0 ne pas consid\u00e9rer les migrants comme des humains\u00a0; elle circule dans les discours racistes, mais aussi dans les discours scientifique et militant, et me heurte depuis toujours\u00a0: il s\u2019agit de l\u2019utilisation du terme \u2018race\u2019 dans des th\u00e9ories militantes f\u00e9ministes et antiracistes. J\u2019estime en effet qu\u2019utiliser ce terme, c\u2019est r\u00e9ifier, rendre existant, vrai, la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il d\u00e9signerait.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le mot <em>race<\/em>, parce qu\u2019il est n\u00e9 dans le cadre de th\u00e9ories pseudo-scientifiques qui ont servi \u00e0 justifier les hi\u00e9rarchies entre les humains, est travers\u00e9 par un interdiscours qui rend son usage tabou dans certains pays. Si le monde anglo-saxon, notamment les Etats-Unis, continue \u00e0 l\u2019employer, c\u2019est parce que cet interdiscours est moins pr\u00e9sent en anglais am\u00e9ricain qu\u2019en fran\u00e7ais et parce que les politiques multiculturalistes con\u00e7oivent la d\u00e9mographie en fonction de ces crit\u00e8res, ce qui leur permet par ailleurs d\u2019assurer la promotion et la repr\u00e9sentation des minorit\u00e9s.\u00a0\u00bb (Calabrese &amp; Veniard, 2018\u00a0: 15-16)<\/p>\n<p>De fait, les th\u00e9ories en question se sont inspir\u00e9es de recherches anglo-saxonnes relatives \u00e0 la \u00ab\u00a0question raciale\u00a0\u00bb, et utilisent le terme pour analyser les m\u00e9canismes sociaux d\u2019assignation raciale hi\u00e9rarchisante, dit de <em>racisation<\/em>. Il s\u2019agit pour eux de \u00ab\u00a0d\u00e9fend[re] un usage pragmatique et critique du mot pour nommer une notion \u00ab\u00a0imaginaire\u00a0\u00bb, sans fondement scientifique, mais aux effets sociaux bien r\u00e9els qu\u2019il s\u2019agit d\u2019analyser et de combattre\u00a0\u00bb (Devriendt, 2018\u00a0: 178). Ce qui n\u2019emp\u00eache toutefois pas de mettre le terme \u00e0 distance par l\u2019usage des guillemets pour \u00e9viter toute confusion et toute r\u00e9ification.<\/p>\n<h2>Une aventure interculturelle<\/h2>\n<p>Ainsi, cette r\u00e9sidence <em>Fus\u00e9e de d\u00e9tresse<\/em> en particulier, et le projet <em>Encyclop\u00e9die des migrants<\/em> en g\u00e9n\u00e9ral, nous a embarqu\u00e9s et nous embarque toutes et tous dans une <em>aventure interculturelle<\/em>\u00a0: \u00e0 travers ces diff\u00e9rentes lettres adress\u00e9es \u00e0 des proches, nous entrons en contact avec leurs locuteurs qui ont pris la plume, d\u2019une part, mais aussi les uns avec les autres, nous racontant nos parcours et les \u00e9chos que ces r\u00e9cits \u00e9veillent en nous.<\/p>\n<p>Carmel Camilleri et Margalit Cohen-Emerique (1989) proposent un sch\u00e9ma des diff\u00e9rentes phases qu\u2019on parcourt quand on va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019Autre, parcours allant d\u2019un premier <em>contact<\/em> jusqu\u2019\u00e0 une v\u00e9ritable <em>combinaison culturelle<\/em>. Avec une d\u00e9finition de la culture fort \u00e9clairante\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La culture ne s\u2019exprime pas seulement dans les diff\u00e9rences de croyances, de valeurs,<\/em> <em>de normes et de modes de vie du groupe, mais aussi au niveau de l\u2019individu, dans ses fa\u00e7ons de penser, de sentir, d\u2019\u00e9tablir la communication. Elle fonde\u00a0&#8211; et c\u2019est son aspect positif l\u2019identit\u00e9 socioculturelle de la personne, mais en m\u00eame temps elle rend subjective et globalisante la perception des sujets relevant d\u2019identit\u00e9s diff\u00e9rentes. D\u2019o\u00f9 les probl\u00e8mes dans les relations interculturelles, qui se nourrissent, si l\u2019on n\u2019y prend garde, d\u2019images erron\u00e9es, de st\u00e9r\u00e9otypes, de pr\u00e9jug\u00e9s et de fantasmes v\u00e9hicul\u00e9s de peuple \u00e0 peuple en fonction de l\u2019histoire de leurs rapports.<\/em>\u00a0\u00bb (1989\u00a0: 13-14)<\/p>\n<p>Le premier temps du <em>contact interculturel<\/em> se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une prise de conscience de l\u2019existence de personnes dites \u00ab\u00a0alt\u00e9ritaires\u00a0\u00bb (utilisant d\u2019autres ressources linguistiques et culturelles). C\u2019est \u00e0 ce premier stade que la plupart des st\u00e9r\u00e9otypes sont produits tels que\u00a0: la France avec ses b\u00e9rets et ses baguettes, la Russie avec le froid, les \u00c9tats-Unis avec ses hamburgers, le Japon avec sa discipline, l\u2019Australie avec ses kangourous et la Colombie avec la drogue.<\/p>\n<p>On passe ensuite, apr\u00e8s l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 observ\u00e9e \u00e0 distance, au rapprochement, \u00e0 la <em>rencontre interculturelle<\/em>\u00a0; ce stade nous conduit \u00e0 une d\u00e9centration, \u00e0 une prise de conscience de la relativit\u00e9 des syst\u00e8mes culturels, \u00e0 une int\u00e9gration progressive des rep\u00e8res interpr\u00e9tatifs d\u2019autrui dans notre propre r\u00e9pertoire linguistique et culturel. Il nous m\u00e8ne \u00e0 l\u2019interaction avec l\u2019Autre, au travers de son histoire ici racont\u00e9e, ce qui nous rapproche sensiblement de lui\/d\u2019elle. Par les traductions des lettres de <em>L\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants<\/em> qui nous donnent pleinement acc\u00e8s \u00e0 ces histoires, nous sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s des parcours d\u2019une tr\u00e8s grande diversit\u00e9, d\u2019une profonde humanit\u00e9, fort diff\u00e9rents des repr\u00e9sentations qui ont actuellement cours dans les m\u00e9dias ou dans les discours ordinaires.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re \u00e9tape, la <em>synth\u00e8se interculturelle<\/em> consiste en l\u2019articulation consciente assum\u00e9e en une identit\u00e9 culturelle et linguistique \u00ab\u00a0hybride\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0m\u00e9tiss\u00e9e\u00a0\u00bb de la pluralit\u00e9 de son propre syst\u00e8me interpr\u00e9tatif\u00a0; elle nous m\u00e8ne \u00e0 une capacit\u00e9 accrue de vigilance et de rem\u00e9diation aux malentendus interculturels. Chaque histoire nous \u00e9claire sur nos propres pluralit\u00e9s, linguistiques et culturelles, sur nos histoires familiales proches ou lointaines, sur nos profondes proximit\u00e9s avec les personnes migrantes. C\u2019est ce \u00e0 quoi, \u00e0 mon avis, notre installation a su amener les passants \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n<h2>_______<\/h2>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p>Billiez Jacqueline, 1985, \u00ab\u00a0La langue comme marqueur d&#8217;identit\u00e9\u00a0\u00bb, in <em>Revue europ\u00e9enne des migrations internationales<\/em>, vol.\u00a01, n\u00b0\u00a02, G\u00e9n\u00e9rations nouvelles, 95-105.<\/p>\n<p>Bulot Thierry &amp; Blanchet, Philippe, 2011, <em>Dynamiques de la langue fran\u00e7aise au 21i\u00e8me si\u00e8cle\u00a0: une introduction \u00e0 la\u00a0sociolinguistique<\/em>, disponible \u00e0\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.sociolinguistique.fr\">www.sociolinguistique.fr<\/a><\/p>\n<p>Bulot Thierry, son site pr\u00e9sente ses travaux sur la sociolinguistique prioritaire, ou d\u2019urgence\u00a0: <a href=\"https:\/\/juliefreiremarques.wixsite.com\/socioling-urbaine\/\">https:\/\/juliefreiremarques.wixsite.com\/socioling-urbaine\/<\/a>.<\/p>\n<p>Calabrese Laura &amp; Veniard Marie, 2018, \u00ab\u00a0Mots, discours et migration, une relation dialectique\u00a0\u00bb, in Calabrese Laura &amp; Veniard Marie, <em>Penser les mots, dire la migration<\/em>, Louvain-la-Neuve, Academia-L\u2019Harmattan, 9-31.<\/p>\n<p>Calabrese Laura, 2018, \u00ab\u00a0<em>Migrant<\/em> ou <em>r\u00e9fugi\u00e9<\/em>\u00a0? L\u2019enjeu des d\u00e9nominations des personnes dans le discours m\u00e9diatique\u00a0\u00bb, in Calabrese Laura &amp; Veniard Marie, <em>Penser les mots, dire la migration<\/em>, Louvain-la-Neuve, Academia-L\u2019Harmattan, 153-160.<\/p>\n<p>Camilleri Carmel &amp; Cohen-Emerique Margalit, 1989, <em>Chocs<\/em> <em>de<\/em> <em>cultures\u00a0<\/em>: <em>concepts et enjeux pratiques de l&#8217;interculturel<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, Coll. \u00ab\u00a0Espaces interculturels\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Devriendt Emilie, Monte Mich\u00e8le et Sandr\u00e9 Marion (Dir.), 2018, \u00ab\u00a0Dire ou ne pas dire la \u2018race\u2019 en France aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb, <em>Mots. Les langages du politique<\/em>, 116. Disponible \u00e0\u00a0: <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mots\/22781\">https:\/\/journals.openedition.org\/mots\/22781<\/a><\/p>\n<p>Devriendt Emilie, 2018, \u00ab\u00a0Usages de <em>race<\/em> dans les discours antiracistes ou non-racistes\u00a0\u00bb, in Calabrese Laura &amp; Veniard Marie, <em>Penser les mots, dire la migration<\/em>, Louvain-la-Neuve, Academia-L\u2019Harmattan, 173-181.<\/p>\n<p>Fiala Pierre, 2018, \u00ab\u00a0La famille <em>migr<\/em>-, champs lexical et affrontements discursifs\u00a0\u00bb, in Calabrese Laura &amp; Veniard Marie, <em>Penser les mots, dire la migration<\/em>, Louvain-la-Neuve, Academia-L\u2019Harmattan, 145-152.<\/p>\n<p>Krieg-Planque Alice, 2018, \u00ab\u00a0Lutter au sujet du langage fait partie du combat id\u00e9ologique\u00a0\u00bb, entretien, <em>Agir par la culture<\/em>, 53. Disponible \u00e0\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.agirparlaculture.be\/alice-krieg-planque-lutter-au-sujet-du-langage-fait-partie-du-combat-ideologique\/\">https:\/\/www.agirparlaculture.be\/alice-krieg-planque-lutter-au-sujet-du-langage-fait-partie-du-combat-ideologique\/<\/a><\/p>\n<p><em>L\u2019Encyclop\u00e9die des Migrants<\/em>. <em>Ecrire une histoire intime des migrations entre le Finist\u00e8re breton et Gibraltar<\/em>, 2017, 3\u00a0tomes, 1782\u00a0pages, <a href=\"http:\/\/www.encyclopedie-des-migrants.eu\">www.encyclopedie-des-migrants.eu<\/a><\/p>\n<p>Walter Henriette, 1988, <em>Le fran\u00e7ais dans tous les sens. Grandes et petites histoires de notre langue<\/em>, Paris, R.\u00a0Laffont.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Un d\u00e9licieux mot belge (<em>brol<\/em> signifie \u2018bordel, d\u00e9sordre\u2019 en n\u00e9erlandais) que je savoure.<\/p>\n<p>Photographie : \u00a9 Bea Borgers<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une Belge \u00e0 Bruxelles Je m\u2019appelle Gudrun LEDEGEN\u00a0; je suis pr\u00e9sente durant la semaine de r\u00e9sidence \u00e0 Bruxelles, en tant que migrante belge, responsable scientifique du projet Fus\u00e9e de d\u00e9tresse et chercheure en sciences du langage\u00a0\/\u00a0sociolinguistique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Rennes 2, au sein du laboratoire PREFICS (P\u00f4le de recherche sur la francophonie, l\u2019interculturel, la communication et&#8230;  <\/p>\n<ul class=\"readmore\">\n<li><a class=\"excerpt-read-more\" href=\"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/journal-de-bord-gudrun-ledegen-fusee-de-detresse-2-bruxelles\/\" title=\"Read more Journal de Bord de Gudrun Ledegen\">Read more <\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":994,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,14],"tags":[],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"2.12.2","language":"en","enabled_languages":["fr","en","es","pt","tr","it"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"en":{"title":false,"content":false,"excerpt":false},"es":{"title":false,"content":false,"excerpt":false},"pt":{"title":false,"content":false,"excerpt":false},"tr":{"title":false,"content":false,"excerpt":false},"it":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/990"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=990"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/990\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1653,"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/990\/revisions\/1653"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/994"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=990"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=990"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.f-d-d.eu\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=990"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}